Des bénévoles pour la sauvegarde du patrimoine
Des bénévoles, artistes-peintres, étudiants ou simplement des passionnés du patrimoine sont à la rescousse des sites historiques d
Des bénévoles, artistes-peintres, étudiants ou simplement des passionnés du patrimoine sont à la rescousse des sites historiques de Fès. La situation désastreuse des monuments et demeures traditionnelles de Fès interpelle de plus en plus les responsables : élus, autorités locales et représentants de différents départements ministériels notamment l'Habitat, la Culture et le Tourisme et impose une prise de mesures urgentes. En attendant une solution globale, des bénévoles, artistes- peintres , étudiants en art ou en architecture ou simplement des passionnés du patrimoine marocain et étranger, animent depuis quelques années, des chantiers de restauration et la réhabilitation des Medersas, des demeures traditionnelles ou autres sites de la médina. Et où chacun apporte une part de sa culture et de son savoir (voir www.lematin.ma). «Ce type de chantier est mené depuis prés de six ans par l'association en partenariat avec l'Ader Fès et des organismes étrangers dont le réseau Rempart et Solidarité et jeunesse en France et d'autres associations en Belgique et en Italie. Il comporte une partie théorique (histoire de l'art et des techniques...) et une partie pratique (mise en 'uvre de techniques de restauration) et des visites de monuments », indique Mohamed El Khadiri, Secrétaire Général de l'Association des Jeunes Volontaires des chantiers internationaux (AJVCI) et Directeur des chantiers été 2010. Les bénévoles travaillent ainsi quotidiennement, sur des sites historiques pendant une période déterminée, encadrés par des animateurs et des professionnels de la restauration du patrimoine notamment les maâllems. Ils participent, entre autres au redressement du sol, à la reconstruction des parties de murs effondrés, à la consolidation des murs, la réparation des fissures et la reconstruction des planchers traditionnels. Ils sont tout simplement à la rescousse des monuments historiques de Fès en péril. «La responsabilité de l'AJVCI vis-à-vis de ces chantiers de restauration et de valorisation de notre patrimoine historique se renforce d'une année à l'autre. Il y va aussi de nos relations avec nos partenaires étrangers comme l'Union Rempart Paris, la Faculté polytechnique des beaux arts Valence Espagne et autres qui nous permettent d'accueillir annuellement en été des bénévoles, artistes- peintres, experts de la restauration et amoureux du patrimoine pour participer à la sauvegarde du riche patrimoine de Fès», précise Mohamed El Khadiri. La nouveauté cette année, est la participation pour la première fois de l'Ecole Nationale de l'Architecture de Fès que Mohamed El Khadiri qualifie de fortement enrichissante tant au niveau du travail sur les sites qu'au niveau des activités des échanges d'expériences entre les étudiants futurs architectes de l'ENA de Fès, celle de Rabat, de Tétouan et les autres bénévoles étrangers. Pour Abdelghani Tayyibi, Directeur ENA Fès les étudiants architectes sont mis, grâce à ces chantiers en situation dans des groupes d'acteurs impliqués dans la restauration notamment, les maâllems. Et où le recours aux méthodes traditionnelles et l'utilisation des matériaux naturels dans la construction, s'imposent. «Aussi, étant donné que les sites (maisons) pour le cas de ces chantiers 2010 sont proposés par l'ADER et donc répondraient à des cahiers des charges spécifiques, notre intervention pour la modernisation est très limitée, aussi vu la jeune expérience des étudiants participants (la plupart sont de l'ENA de Fès... Mais l'expérience est enrichissante », ajoute t-il. Ces Ecoles d'Eté de formation et d'intervention sur le patrimoine bâti doivent, selon lui, dès la prochaine session 2011 donner lieux à de bonnes pratiques et à des chantiers exemplaires qui allient le traditionnel au contemporain. Marie-Georges Pagel 'Brousse, animatrice du groupe de bénévoles du réseau Rempart et Solidarité et jeunesse en France (l'Union de 170 associations spécialisées dans la restauration du patrimoine) réclame de son côté une intervention plus importante des bénévoles dans la restauration des sites historiques. «Nous intervenons sur des chantiers déjà entamés et les restaurateurs bénévoles se contentent souvent de tâches subalternes alors qu'ils possèdent un savoir-faire reconnu dans la restauration et la valorisation du patrimoine et leur travail, au côté des maâllems, ne peut qu'être bénéfique pour la sauvegarde des sites qui sont en réel danger», précise t-elle. Le danger selon elle, vient non seulement de la vétusté avancée du tissu urbain de la médina, mais aussi de la manière anarchique de restaurer. «Nous avons remarqué que des sites sont restaurés avec du ciment, matériau interdit dans ce genre de travaux et sans aucun respect de la particularité du bâti et des techniques traditionnelles adaptées utilisées jadis. C'est un vrai massacre de la médina de Fès, dépositaire d'un riche legs historique», précise t-elle. Pour Mohamed El Khadiri, c'est l'histoire du Maroc que les Marocains responsables et citoyens, par la négligence et l'indifférence, mettent en péril. «Fès est inscrit au patrimoine national depuis 1981 mais elle n'a pas été préservée malgré la valeur historique de sa médina de 12 siècles. Il y a des chantiers ouverts depuis des années au c'ur de la médina et qui attendent toujours l'aide de l'Unesco ou autres organismes», ajoute Mohamed El khadiri. A rappeler que l'Agence pour la Dédensification et la Réhabilitation de la Médina de Fès (A.D.E.R) finance depuis quelques années prés de 50% des frais de restauration de certaines anciennes demeures et propose aux propriétaires de financer le complément. Mais comme la plupart des habitants n'ont pas les moyens pour assurer leur part, l'AJVCI intervient gratuitement et travaille avec des bénévoles étrangers sur ces anciennes demeures. Résultat : réhabilitation de nombreuses demeures traditionnelles ainsi que plusieurs établissements scolaires publics : écoles, collèges et lycées de Fès ont été réhabilités dont le lycée El khansa, Oum al Banine, Moulay Idriss, Moulay Rachid, Allal Al Fassi et l'association des 'uvres islamiques. La restauration de quelques sites a été également financée dans le cadre de l'INDH ou par le privé. Mais avec l'absence d'une stratégie nationale de préservation et de sauvegarde des sites historiques et du manque de moyens financiers pour leur entretien, on restera, hélas, dans la politique de l'accordéon et du colmatage.«Les maisons dans les médinas ont été marginalisées»
Quel est l'objectif de la participation de l'ENA de Fès aux chantiers d'été 2010 'Notre participation à ces chantiers consiste en la mise en place de chantiers «pédagogi ques» d'intervention sur le patrimoine bâti, au profit de prés de 30 élèves-architectes de Fès, de Rabat et de Tétouan. Les chantiers se déclinent en deux sessions d'un mois du 11 juillet au 10 août et ils sont encadrés par une équipe de spécialistes marocains et étrangers dans ce domaine. Il y a lieu de préciser que ces chantiers, grâce à plusieurs bénévoles marocains et étrangers, participent incontestablement à l'instauration de nouvelles pratiques d'enseignement innovantes et participatives, à la sensibilisation des différents acteurs à l'importance de notre héritage historique vivant et à la valorisation des cultures constructives marocaines principalement détenues par les maallems. Il s'agit pour l'ENA de Fès de mettre en place un complément pratique dans le domaine de la restauration du patrimoine bâti et l'intervention sur les bâtiments menaçant ruine, par rapport aux enseignements théoriques donnés aux futurs architectes de l'ENA Fès. Pourquoi le choix des maisons traditionnelles comme sites de restauration 'Le patrimoine bâti qui existe dans les médinas au Maroc se traduit en part importante sous la forme de maisons traditionnelles à différentes typologies. L'intervention sur cette partie nous semble problématique vu la caractéristique d'être vivante (habitée) et fortement comptabilisée dans «le menaçant ruine». Les maisons dans les médinas ont été pendant longtemps marginalisées dans les stratégies d'intervention directe sur le patrimoine, en considérant essentiellement les bâtiments à usage public dits monuments historiques. La problématique liée à l'effondrement des habitations à attiré l'attention sur les maisons traditionnelles et aujourd'hui, avec l'évolution du regard porté sur le patrimoine, le tissu mineur (maisons traditionnelles) est reconsidéré fortement dans les stratégies. Notre choix donc porté sur ces bâtiments en particulier se fonde sur toutes ces considérations, et également espère participer dans le court et le moyen terme à innover dans les méthodes d'intervention pour la résolution de la problématique du «menaçant ruine» qui ne cesse de grandir malgré les efforts déployés. Est-ce que vous prévoyez d'autres initiatives du genre 'Nous envisageons de mettre en place dans le court terme la continuité sous la forme régulière d'une Ecole d'Eté ENA-Fès, où notamment, nos étudiants architectes continuent dans la pratique les enseignements. Nous avons prévus de travailler aussi bien des chantiers patrimoine, que des chantiers «habitat social» et «habitat insalubre». Cela devrait se faire en collaboration avec les administrations et institutions régionales et locales qui ont les prérogatives de ces secteurs afin de former des équipes communes, et nous aider à perfectionner ce projet. La réussite et l'exemplarité des chantiers d'Eté 2010 portés sur le patrimoine bâti de Fès nous confortent vivement et nous encouragent à continuer cette nouvelle démarche pédagogique et d'enseignement.Source: LE Matin



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