Les habitants de Meknès sous le choc
Meknès est en deuil. Le dernier bilan de l'effondrement du minaret de la mosquée Bab Berdieyinne fait état de 41 morts et 75 bles
Meknès est en deuil. Le dernier bilan de l'effondrement du minaret de la mosquée Bab Berdieyinne fait état de 41 morts et 75 blessés. Celui-ci aurait pu être plus lourd, car prés de 300 personnes assistaient à la prière du vendredi dans cette mosquée à l'heure où le drame s'est produit. Et si d'aucuns parlent de fortes intempéries qui se sont abattus fortement sur la région ou de la vétusté de la mosquée qui date du 18e siècle, les habitants des quartiers Tizimi, Jnane lamane, Derb El Matiri, derb Berghout et Mellah, encore sous le choc, dénoncent le laisser aller des autorités locales. «La majorité des maisons et mosquées ou commerces de la médina de Meknès sont dans un état de délabrement très avancé à cause de l'effet du temps mais aussi de l'insouciance des élus locaux. La situation est devenue dangereuse avec les fortes pluies, les eaux de débordements et les infiltrations à travers les toitures et les murs qui fragilisent la médina et mettent en danger la vie des milliers de ses habitants», indique Noureddine Aichouri, habitant de Meknès. Pour Aidi Nezha, architecte-experte du tissu ancien de la société Al Omrane Meknès, il est difficile de dire si ce sont les intempéries qui se sont abattus fortement ces derniers temps sur la région ou la vétusté de la mosquée qui date du 18e siècle qui ont provoqué cet accident ou bien la conjugaison des deux facteurs. « Il y a aussi un feu qui s'est déclenché récemment dans une menuiserie jouxtant la mosquée qui a peut-être accéléré l'effondrement. En tout cas, le minaret s'est effondré de la base et de fait le problème se situe à première vue beaucoup plus au niveau de la base. A cause de la conjugaison de l'effet du temps, l'humidité des sols provoquée par la montée des eaux de la nappe phréatique, l'érosion et de l'effritement de la base, le minaret ne pouvait plus supporter le poids et s'est effondré», explique t-elle. Il ajoute qu'en plus de l'effet de ces différents facteurs exogènes, l'absence de l'entretien est derrière le délabrement du tissu ancien à Meknès. «La ville a été classé en 1996 par l'UNESCO «patrimoine universel de l'humanité». Mais, depuis rien n'a été fait pour préserver ce patrimoine sachant que la nature de ce tissu et les matériaux utilisés jadis dans les constructions, nécessitent entretien permanent. Un recensement a été fait en 2001.Mais qui n'est pas exhaustif. Et sur la base de ce recensement que la société Al Omrane Meknès a lancé en 2007 une action de requalification portant sur prés de 300 demeures les plus fragiles du tissu ancien. Cette action comprend outre la requalification des demeures, le relogement des ménages dans des logements à 140 milles DH avec une subvention de l'Etat de prés de 40 milles DH », précise t-elle. En effet, le projet de requalification du tissu ancien de la médina de Meknès et de confortement des constructions menaçant ruine a été présenté à Sa Majesté le Roi Mohammed VI le 26 avril 2008. Ce projet d'envergure, d'un coût global de 48 MDH, s'inscrit dans le cadre des actions du Groupe Al Omrane visant la requalification de l'ancienne médina et l'amélioration du cadre de vie de ses habitants. La première composante du projet porte sur le confortement des constructions menaçant ruine et la sauvegarde du patrimoine historique de la médina de Meknès. Le coût du projet est de 28 MDH financés par le ministère de l'Habitat, de l'Urbanisme et l'Aménagement de l'Espace. Les travaux ont été lancés en avril 2007. La deuxième composante de ce projet porte sur la requalification du tissu ancien de la médina. Le coût global du projet est de 20 MDH financés par le ministère de l'Habitat, de l'Urbanisme et l'Aménagement de l'Espace. Les travaux ont été lancés depuis septembre 2008. Plusieurs demeures ont été réhabilitées à la médina de Meknès. Mais, cette action d'Al Omrane Meknès fait face à plusieurs handicaps dont la nature du foncier de la médina, l'absence des vrais propriétaires des anciennes demeures ainsi que la difficulté d'intervenir techniquement sur le tissu ancien. Cela dit, le tissu ancien, là où il est situé, nécessite intervention d'urgence aujourd'hui. Les médinas à Fès, à Meknès ou à Marrakech pour ne citer que celles-ci sont de véritables bombes à retardement avec la menace permanente des eaux de débordements, des crues des oueds, que les pouvoirs publics ne semblent pas mesurer. « Il y a un conseil national de l'habitat attaché directement au ministre de l'habitat et qui est en charge du tissu ancien. Il se penche depuis quatre ou cinq ans sur la mise en place d'une stratégie globale de préservation du tissu ancien comprenant les casbahs et les ksours. Mais il faut aussi des structures spécifiques pour chaque Médina comme l'Ader de Fès pour pouvoir intervenir sur les projets de restauration et de sauvegarde du patrimoine architectural. Parce qu'il s'agit plus d'un travail de terrain », précise Nezha Aidi. En attendant une telle stratégie et des structures en charge de la préservation et de la sauvegarde du tissu ancien, chaque année, on dénombre un certain nombre d'effondrements avec ou sans victimes, des raids, des médersas, des fontaines et des foundouks tombent en ruine. Et surtout le cachet architectural de nos médinas ainsi que leur environnement se détériore et des pans entiers de l'artisanat local sont en train de disparaître. Aussi, il n'est pas sûr à chaque fois d'éviter des drames et des pertes humaines, conclut N. Aidi.Source: Le Matin



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