Le Gnaoui Bekkas s'arrête sur la production
Entretien avec Majid Bekkas, Directeur artistique du festival jazz au Chellah
Entretien avec Majid Bekkas, Directeur artistique du festival jazz au Chellah LE MATIN: Comment est né votre nouveau projet «Out of The Desert» 'MAJID BEKKAS: Le projet «Out of The Désert» vient dans la continuité du premier album «Kalimba», enregistré en 2005, avec Joachim Kuhn et Ramon Lopez. C'était en Allemagne. Nous avons, ainsi, eu l'idée de réaliser un autre CD tout en nous imprégnant des musiques authentiques du désert marocain. J'ai donc proposé à Joachim de le faire au Maroc pour avoir l'identité et l'ambiance du terroir. C'était un beau voyage qui a duré tout le mois de mars 2008, avec le soutien précieux de Hassan Aourid qui nous a facilité la tâche, en nous organisant deux concerts et en mettant à notre disposition un moyen de transport pour aller au désert marocain, notamment à Errachidia où nous avons été bien accueillis et pris en charge. C'est devant ces belles dunes sahariennes et ce décor de magnifiques paysages que ce CD a vu le jour.
De quelle manière procédez-vous pour travailler avec Joachim '
Entre moi et Joachim, c'est une histoire qui a commencé il y a six années. Joachim est l'un des plus grands pianistes connus mondialement jouant aussi bien du jazz que du classique. Il a côtoyé les plus grands musiciens de jazz depuis les années 60.
Depuis le départ, on s'est fixé comme règle de se partager le travail équitablement. Pour ce nouveau CD, il y a trois morceaux à moi et trois autres à Joachim. Chacun de nous propose ses compositions à l'autre afin de les travailler. C'est le résultat de ces fusions qui est enregistré. Pour ce projet, nous avons été reçus, à Errachidia, par le groupe de Mouloud Meskaoui dans le but d'avoir une touche du désert. Pour cela, nous avons enregistré en live sur DAT. En rentrant à Rabat, nous avons complété le travail au studio avec un percussionniste du Bénin qui réside, actuellement, dans la capitale. J'ai profité de cette occasion pour avoir une touche vaudoue, surtout que les musiques des Gnawas et de vaudou ont les mêmes racines qu'est l'Afrique de l'Ouest.
Mon objectif est de donner un nouveau souffle et une dimension internationale à la musique gnaouie, avec le souci de garder intacts certains de ses aspects, tout en l'agrémentant d'éléments nouveaux tels que l'harmonisation, ou d'autres instruments, notamment la guitare, le ney et le kawala (flûte orientale), oud et percussions africaines.
Que pouvez-vous nous dire sur la qualité de l'enregistrement que vous avez pu obtenir '
Maintenant avec les techniques modernes, chacun de nous peut se permettre d'avoir un studio chez lui. Pour l'enregistrement, il n'y a plus de problème. On peut obtenir une meilleure qualité. Mais pour le mixage et le mastering, nous nous sommes déplacés en Allemagne afin d'avoir un produit bien fini.
Que représente ce CD pour vous '
Il va dans la continuité des autres, parce qu'il est plus complet. Il y a toute l'équipe des Gnawa et les percussions du Bénin. Le CD a déjà eu un Prix en Allemagne et a été choisi comme meilleur titre de l'année en Espagne. Il est sur le marché européen, mais pas dans celui marocain.
Pourquoi '
Eh bien, parce qu'il coûte 21 euros. Au Maroc, le prix n'atteint même pas 1 euro. Nous n'avons pas de maisons de production qui puissent le prendre. J'ai douze CD, dont aucun ne se trouve sur le marché marocain. Notre marché sur le plan musical n'est pas clair. Il y a le problème du piratage, celui des organisateurs des festivals qui font ce qu'ils veulent et invitent les artistes d'après leur goût personnel.
Par exemple, pour le festival d'Essaouira, j'ai été invité en 2001 et 2003. Quand j'ai parlé à la presse de ce qui s'est passé pour moi, car j'étais mécontent du traitement qu'on m'a réservé, on m'a fermé les portes et on ne m'appelle plus. Je ne le regrette pas, parce que j'ai des principes qu'on ne peut pas m'enlever. D'ailleurs, je n'ai fait que défendre la musique et les musiciens marocains, surtout chez eux. Je ne sais pas pourquoi je suis plus respecté ailleurs que chez moi. Ils appliquent le proverbe «nul n'est prophète dans son pays» qui n'a aucun sens pour moi.
Que faut-il faire pour remédier à cela '
Il faut que les responsables fassent bien leur travail, le BMDA doit combattre concrètement le fléau de la piraterie et donner les droits aux artistes, car même les répartitions qu'on nous donne ne sont pas claires.
Le Maroc possède une richesse musicale qu'il faut traiter au même titre. A mon avis, les artistes doivent se réunir pour organiser eux-mêmes leurs concerts. C'est ce que les jeunes ont fait et ont bien réussi. C'est une expérience qui s'est faite dans d'autres pays et qui a porté ses fruits. Les artistes se produisent, enregistrent et vendent leurs CD.
Vous êtes au festival jazz de Rabat depuis sa création. Qu'en pensez-vous quant à l'épanouissement des musiciens marocains '
Pour moi, c'est une petite fenêtre qui a permis aux Marocains de respirer et de s'épanouir. La preuve est là. On voit bien que le festival s'est agrandi d'année en année et dans le bon sens. Je suis très content de participer à la direction artistique marocaine et à l'organisation de ces rencontres. Le résultat de ces fusions entre musiciens marocains et européens est très intéressant. C'est un événement qui permet aux musiciens créateurs marocains de respirer. Ce n'est pas facile de leur trouver un créneau où se produire. Beaucoup de musiciens ont pu percer. D'autres, bien sûr, n'ont pas pu sortir de leur circuit local, faute de volonté.
D'autres projets en cours ou finalisés '
J'ai réalisé une fusion avec Ya Tatchi qui est le premier trompettiste congolais et leader sur la scène internationale. Nous avons enregistré les six morceaux de l'album «African Jazz'N BAR» qui est, actuellement, sur le marché. L'enregistrement de cet album s'est fait à Brazzaville, Abidjan et à Rabat pour qu'il y ait une influence de ces trois villes et donc cette couleur afro-maghrébine.
Majid Bekkas, le Gnaoui aventurier
Après avoir fait partie, dans les années 70, de groupes de «Jil», en tant que musicien de banjo, puis initié à la musique «Gnaoua» par maître «Ba Houmane» à Salé, toute en apprenant la guitare classique et l'oud au Conservatoire national de musique et de danse de Rabat, Majid Bekkas plonge dans le Blues et la Soul Music et crée son propre groupe dans les années 80. Guitariste, claviériste et chanteur, Majid Bekkas forme, dans les années 90, le « Gnaoua Blues Band » et partage son temps entre l'enseignement, la composition, l'enregistrement et les tournées.Son palmarès s'est enrichi, d'année en année, en festivals internationaux, notamment le Womex à Séville 2003, le Gaume Jazz Festival, Grenoble Jazz Festival, Festival d'Essaouira. En 2004, il est nominé pour les Django d'Or-musique traditionnelle-en France.
Source: Le Matin



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