Hommage à Mohamed Berrada
Comment accepte-t-on de vieillir' L'une des questions philosophiques que se pose actuellement l'homme de lettres Mohamed Berrada.
Comment accepte-t-on de vieillir' L'une des questions philosophiques que se pose actuellement l'homme de lettres Mohamed Berrada. Il faut dire que l'effet de l'âge y est pour beaucoup dans cette interrogation du moins complexe. Du haut de ses 72 ans, Mohamed Berrada et ses espoirs insufflés par les mots, jette certainement un regard différent sur pas mal de questions, dont la vie et ses plaisirs, la mort et ses mystères, la vieillesse et ses " stigmates", la politique et ses magouilles, ainsi que la littérature et ses mondes imaginaires. A Errachidia où on lui a rendu un vibrant hommage, à l'occasion de la 5e édition du festival culturel, il s'est longtemps attardé sur ces questions où la littérature frôle le champ philosophique et où le réel cède l'espace aux spéculations métaphysiques et aux sensations émotionnelles.Bien évidemment, tout le monde aspire à faire perdurer sa jeunesse, dit-il, mais au fur et à mesure que nous pensons la mort et la vieillesse, comme objet de méditation, nous commençons à concevoir autrement plusieurs concepts, dont notamment celui du temps. " Je veux sentir la mort comme étant une partie intrinsèque de la vie ", dit-il les yeux pensifs. La littérature, dit-il, nous permet de mettre une distance avec ce que nous vivons, et partant le concept de l'engagement à la sartrienne ou du réalisme à l'italienne, justifiés à l'époque de leur naissance, ne sont plus d'actualité, car la question prépondérante et préoccupante reste comment édifier une société moderne qui répond aux besoins matériels et immatériels des citoyens.Celui considéré comme l'un des pionniers de l'écriture romanesque et du militantisme culturel, estime que la littérature devrait normalement dire autrement les choses, son discours est singulier, tellement son penchant repose sur la force de l'imaginaire. Le "Jeu de l'oubli" a été, dans ce contexte, lieu d'importantes révisions. Avec le recul d'âge, Berrada estime que le plus important actuellement reste d'édifier un système éducatif à même de façonner la personnalité marocaine dans ses composantes et surtout dans ses aspirations pour un espace d'épanouissement. D'où l'importance de l'espoir en tant moteur de toutes les dynamiques culturelles, sociales et politiques, dit-il.Pour Mohamed Berrada, cette situation culturelle lui rappelle un texte relatant comment l'homme de lettres russe Dostoïevski, exilé en Sibérie, pleurait en lisant le théoricien et penseur allemand Hegel, lequel n'accordait aucune attention aux autres cultures non européennes. L'auteur du " jeu de l'oubli" est bien placé pour en parler, d'autant plus qu'il a vécu en Egypte, en France et maintenant en Belgique. Hegel parlait bien évidemment de la culture et de la civilisation à partir de l'Europe, prônant un égocentrisme patent, et excluant les cultures asiatiques, russe, africaines et autres. La comparaison trouve son tronc commun dans le fait que les sociétés non engagées dans une pluralité culturelle, ni dans une dynamique de construction de personnalité, perdent leur boussole et n'atteignent que rarement le bon port du progrès.Et c'est l'expérience des établissements privés lors de la période de colonisation que l'auteur de "Vies voisines", étalera en guise de preuve tangible. Un moyen, explique-il, des plus réussis de combattre l'occupation à travers l'enseignement, les professeurs y mettaient du coeur et les élèves étaient avides du savoir. On était plein d'espoir, raconte-t-il, et nous ressentions notre appartenance à une grande civilisation, car la culture n'est pas uniquement une source de savoir, mais c'est aussi un mode de vie, avec des essences et substrats comme l'histoire, les arts, les coutumes, les langues.L'enseignement reste aussi un moyen qui nous permet de transcender les problèmes.A ce stade de la vie et avec une telle force mentale, Mohamed Berrada, qui ne fait pas son âge, développe certainement des projets littéraires pour l'avenir, avec des thèmes nouveaux et une approche nouvelle : la mort, la vie, la vieillesse et l'histoire qui n'est aucunement une ligne droite. Une question le hante, par ailleurs : Quelle histoire adopter, celle qu'on a vécue ou celle que racontent les manuels d'Histoire'Biographie
Romancier marocain arabophone, considéré comme le chef de file du roman moderne marocain. Né à Rabat en 1938, Mohamed Berrada est romancier, critique littéraire, traducteur ; il enseignait la littérature arabe à la faculté des lettres de l'université Mohammed-V à Rabat. Il a été de 1976 à 1983 président de l'Union des écrivains marocains et est membre du Conseil scientifique de la revue maghrébine du livre Prologue. Mohamed Berrada a appartenu au courant littéraire qui a expérimenté de nouvelles techniques d'écriture (que les critiques marocains appellent attajrib (expérimentation). Le texte néglige l'intrigue romanesque et s'écrit par tableaux, scènes, réflexions, portraits Dans le domaine de la langue, c'est le recours aux dialectes, notamment le fassi (celui de Fès), aux jeu de mots et allusion ludiques. Depuis 1978, Mohamed Berrada est l'époux de Leïla Shahid, déléguée générale de la Palestine auprès de l'Union européenne. Le couple vit et travaille à Bruxelles. Traducteur de Barthes et Le Clézio en arabe, son 'uvre de romancier, saluée par les récompenses les plus prestigieuses du Royaume (prix du Mérite culturel 1999, prix de la Critique 2004...), est avant tout celle d'un esprit libre.Source: Le Matin



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